L’Annonciation d’Oka

Le site de l’église d’Oka est historiquement relié à la première mission amérindienne établie par les Sulpiciens à Montréal. C’est d’ailleurs en 1718 que les Sulpiciens obtiennent du roi de France la concession de la seigneurie des Deux-Montagnes qui correspond aux territoires actuels des paroisses d’Oka, de Saint-Placide, de Saint-Benoît, de Saint-Joseph du Lac ainsi que de la région avoisinante.

Le 14 novembre 1874, la mission est érigée canoniquement et est placée sous le vocable de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie. Au XIXe siècle, des troubles surviennent entre les différentes communautés, les Mohawks s’étant alliés aux Britanniques alors que les Algonquins avaient plutôt pris le côté des Français. L’église, le presbytère et les dépendances d’Oka sont incendiés le 15 juin 1877. L’église actuelle est réalisée entre 1878 et 1883 selon les plans des architectes Perrault et Mesnard.*

Oka, terre de mission.

Envoyés de Paris par le fondateur de leur compagnie, Jean-Jacques Olier, les premiers sulpiciens arrivent en Nouvelle-France en 1657 pour se fixer à Ville-Marie. Ils y établissent plusieurs missions dont celle de La Montagne, première sur l’île de Montréal dont ils étaient les seigneurs depuis 1663. C’est sur ce territoire et ses environs qu’ils allaient exercer leur épiscopat. Il est à noter que la mission de La Montagne fut transférée en 1696 au Sault-au-Récollet à Montréal également et de là au Lac des Deux-Montagnes en 1721. Ce dernier déplacement fut facilité du fait qu’en 1717 la Seigneurie du Lac des Deux-Montagnes fut concédée aux Sulpiciens par le roi de France à la condition expresse d’y transférer la mission indienne. C’est en 1721, sous la direction de Quéré de Tréguron, sulpicien, qu’un groupe d’Algonquins et d’ Iroquois émigrent sur les bords du lac des Deux-Montagnes. En 1722 le transfert était presque complété. Le site envisagé était avantageux pour la conversion des Indiens et pour leur défense et celle de la colonie. Pour préparer leur installation, un autre sulpicien, M.Gay (qui fut le supérieur) fit faire quelques défrichements et construire divers bâtiments dont une chapelle, la maison des missionnaires, une école destinée aux Sœurs de la Congrégation Notre-Dame ainsi que les cabanes pour les indiens. La population indienne augmenta sensiblement vers 1727 alors que les Nipissingues et les Algonquins de la mission de l’Île- aux- Tourtes vinrent habiter eux aussi au Lac avec leur missionnaire Pierre-Élie Déperet. Les ravages causés par l’eau-de-vie chez les Indiens ont largement contribué à ce que ces derniers soient éloignés des Français. Le site choisi en 1721 sera déplacé vers l’ouest en 1730 sur la pointe actuelle du village d’Oka, communauté de base de leur mission.

Impossible de parler de la Seigneurie du Lac sans rappeler qu’entre 1740 et 1742, il y eu la mise en place des sept oratoires qui constituent le célè-bre calvaire d’Oka , œuvre des Sulpiciens. Par ailleurs c’est François dit Belleville (arrivé en Nouvell-Françe en 1754) qui fut l’auteur des bas reliefs des chapelles de ce lieu de pèlerinage qui est le plus ancien en Amérique. Le missionnaire Louis-Urgel Lafontaine (1895-1930) fut le dernier à y faire la prédication en iroquois sur les lieux. Le calvaire fut construit par les Indiens et uniquement pour eux dans le but de les évangéliser.

Par la suite, les colons français ont fréquenté ce lieu de prière ; les bateaux  amenaient les pèlerins de Montréal et des environs. Le calvaire est reconnu site historique depuis 1982.

Les missionnaires seront secondés en premier lieu par les Sœurs de la Congrégation Notre-Dame dès 1721. Plus tard, d’autres communautés se fixent à Oka et vont contribuer à son expansion chacune selon leur but les Frères de l’Instruction Chrétienne dans la première moitié des années 1800, les Pères Trappistes en 1881,les Petites Filles de St joseph en 1884 et les Frères des Écoles Chrétiennes en 1941. Toutes ces communautés ont Quitté Oka au fil des ans. Les moines trappistes ont été les derniers à partir pour s’installer à St-Jean-de-Matha en 2009. Leur vaste emplacement repose entre les mains de la Corporation de l’Abbaye qui travaille à donner à cette institution plus que centenaire une nouvelle vocation.

L’ouverture des registres de la mission débute dès 1721 mais ces documents ont été détruits suite à l’incendie du presbytère en 1922. C’est également en 1721 que la mission se dota d’une première chapelle en bois comme nous le mentionnions plus haut mais ajoutons que cette bâtisse fut transportée du Sault-au-Récollet avec l’aide des Indiens eux-mêmes.

Vers 1730 , lorsque la mission fut déplacée suite à une incendie, les pièces de cette chapelle ont servi à reconstruire la nouvelle église en pierres des champs cette fois. Une autre incendie en 1877 détruit cette dernière et également le presbytère. Deux ans plus tard on procède à la construction des deux édifices que l’on connaît aujourd’hui. Rappelons que l’église actuelle a été presque entièrement décorée par l’artiste Guido Nincheri. Depuis sa fondation en 1721, il y eut quatre cimetières catholiques à Oka. Il s’y trouve en plus un cimetière réservé aux Amérindiens de confession protestante.

La paroisse d’Oka fut érigée canoniquement en 1874 et les Sulpiciens en assurent les fonctions curiales jusqu’en 1997. Le curé Marcel Demers fut le dernier sulpicien en fonction. L’année suivante de l’érection canonique eut lieu l’érection civile.

Poursuivons ces données historiques en soulignant qu’en 1853 c’est Joseph Fleury installé dans la seigneurie à qui est accordé pas les Sulpiciens le monopole de la traite des fourrures. L’activité agricole est marginale à l’époque; les terres cultivables constituaient une mince partie de terrain de la mission. Jusqu’à la fin du X111 ième siècle, la population est restreinte ( 250 Iroquois,450 Algonquins et 470 Blancs ). Par la suite il y aura augmentation des effectifs grâce à l’établissement de colons venus des paroisses avoisinantes. Le déboisement et la mise en culture s’amorcent vraiment.

L’arrivée des Pères Trappistes a largement influencé la vie économique dans la région. C’est ainsi que l’agriculture s’est beaucoup développé dans les rang surtout. C’est au village par ailleurs que se concentrent les lieux publics occupés par des marchands et des artisans.

Les Trappistes arrivés de France en 1881 se voient concéder 300 hectares de terre. Ce grand espace sera transformé par les religieux en un des plus beaux domaines agricoles de la province. Qu’il suffise de mentionner  que leur premier monastère fut bâti sur la butte St-Sulpice ; devenu trop petit, ils construisent à proximité un nouveau monastère en 1889. Le premier site denint l’Institut Agricole d’Oka, école affiliée à l’Université de Montréal qui a formé plusieurs agronomes de la province. Cette école ferma ses portes en 1962. C’est aujourd’hui l’École secondaire d’Oka.  Les moines ont aussi guidé les agriculteurs dans le choix des méthodes de culture. L’école de médecine vétérinaire est un autre héritage des moines. Et que dire du fameux fromage d’Oka dont la réputation n’est plus à faire. La vente de la fromagerie a donné naissance à l’une des grandes entreprises de la région : la fromagerie Agropur.

Pour répondre à la population grandissante, un premier bureau de poste voit le jour à Oka en1867. Auparavant le quai permettait au bateau à vapeur Prince of Wales d’accoster pour la livraison du courrier. Le premier  maître de poste officiel fut le sulpicien Antoine Mercier qui était curé de la paroisse. Lui succéda au même titre un confrère nommé Joseph Fournier Préfontaine. À peine plus tard, la formation du premier conseil eut lieu avec à sa tête le maire Sévère Joannette. Ce conseil reçoit un mandat très large dont l’amélioration des voies de communication : routes, ponts, traverses. L’usage concerté des traverses à Oka date des débuts alors que des chaloupes assuraient la navette Oka-Como. C’est François-Xavier Brisebois qui le premier obtint le « privilège de traverse » vis-à-vis Oka. pendant 20 ans. À titre d’exemple, le passage coûte 15 sous  pour une personne aller seulement; un peu plus pour une personne avec son cheval et sa voiture.

En 1923, l’électrification des rues du village débute et s’agrandira graduellement avec les années. C’est plus tôt , soit en 1989, qu’arrive le téléphone. Le curé Daniel-Joseph Lefebvre fut le premier abonné. Ce service connaîtra lui aussi une expansion graduelle. D’autre part, à la suggestion d’un notable prospère du nom de Jean-Baptiste Raizenne, le conseil décide de se doter d’une première pompe à incendie en 1917.La source d’eau utilisée sera le lac. Ce n’est qu’en 1935 que le conseil municipal du village décide de former une brigade de pompiers volontaires. Mentionnons également que l’aqueduc opéré avant les années ’30 par le Séminaire est devenu désuet. Le conseil opte pour améliorer l’apprivoisement en eau potable.

À Oka figure aussi le Parc d’Oka aujourd’hui propriété du gouvernement du Québec lequel faisait partie intégrante de la Seigneurie à l’origine. Ce vaste espace était réservé pour la chasse, la pêche et le bois nécessaire aux Indiens. Il comprenait aussi le calvaire. En 1968 le parc prenait le nom de Paul-Sauvé. Ce parc fut agrandi avec les années par des ventes successives pour être finalement désigné Parc d’Oka. Depuis 1965 la piste cyclable qui attire le touriste, traverse le parc. En plus d’offrir des emplacements pour les campeurs, le parc propose des sentiers de randonnée et de ski de fond. Le calvaire également des sentiers destinés aux marcheurs et aux skieurs. Plus près du village, le voyageur traverse la pinède plantée en 1886 afin de contrer l’érosion du sol sablonneux: cette forêt renfermait 50,000 pins.

Enfin quelques mots sur la première commission scolaire à Oka qui sera créé en 1879. Avant cette date le maintien des écoles sera assuré par les Sulpiciens qui, rappelons-le, ont fait appel aux Soeurs de la Congrégation Notre-Dame installées dans une modeste école située près de l’église. Elles enseignent aux petites filles et aux femmes le catéchisme et la prière. Les premières étaient des Iroquoises, des Algonquines et des Huronnes. L’enseignement aux garçons Iroquois sera dispensé par les Petites Filles de St-Joseph dès 1864 pour quelques années seulement. Ce sont les Frères des Écoles Chrétiennes qui vont dispenser les cours aux garçons blancs à compter de 1849. Enfin en 1941 arrivent les Frères de l’Instruction Chrétienne qui s’établissent à Oka et seront enseignants eux aussi. De 1721 à 1879, toute l’organisation scolaire relevait des Sulpiciens et des parents. Au fur et à mesure que la population a augmenté des écoles de rangs se sont inscrites dans le décor okois. Elles furent construites sur des terrains cédés pat les Seigneurs : des professeurs laïques sont chargés de l’enseignement.

En conclusion, qu’il suffise de mentionner que ce texte est embryonnaire car il reste beaucoup à écrire et à lire tellement l’histoire d’Oka est riche et abondante. De très nombreux documents peuvent être consultés pour enrichir les quelques aspects dont fait mention ce bref survol. La Société d’histoire d’Oka dispose de beaucoup de matériel à l’intention des lecteurs plus curieux.

RÉFÉRENCES :

. À l’orée des bois, B Gabriel et A.K. Van den Hende,2010, 278 pages

. Revue Oka,Journal de la Société d’histoire d’Oka

. Le calvaire d’Oka par J.R.Porter et Jean Trudel, 1974,Galerie Nationale

du Canada pour la Corporation des musés nationaux du Canada, 125 pages

. Paroisse d’Oka, Un enfant regarde au loin, 1981, 15 pages, texte préparé par Louis-Pierre Girard

. Histoire d’Oka, Des origines à l’an 2000, 276 pages

. La trappe d’oka, Camille-Antonio Doucet o.c.s.o.,Les Presse Élite,1979,

201 pages

. Le feu de la Rivière du Chêne, abbé Émile Dubois, Imprimerie J.H.A.    Labelle, St-Jérôme, 1937, 340 pages

. Cahier d’histoire de Deux-Montagnes

. Le silence des Messieurs, Oka terre indienne,Gilles Boileau, Presses des Ateliers Graphiques Marc Veilleux, Cap St-Ignace, P.Québec,1991,285 pages.