Saint-Placide

Surplombant les abords du Lac des Deux-Montagnes, l’église se trouve au centre du village sur une place lui étant entièrement consacrée. La construction de l’église débuta vers 1850 pour se terminer en 1852 et fut l’œuvre des architectes Bourgeau et Leprohon ainsi que de Georges-Félix Héroux. En 1915, la fabrique engage l’architecte J.A. Bigonesse pour concevoir un nouveau clocher à l’église pour remplacer le premier, car l’eau ne cessait de s’y infiltrer.

L’intérieur de l’église de Saint Placide s’illustre par l’assemblage des différents arcs qui forment la voûte à caissons. Le plafond plat de la nef prend l’aspect d’une  voûte à arc déprimé, suggéré par la forme arrondie des corbeaux, tandis que le plafond plat des bas côtés est double à l’entrée du chœur par une arcade ogivale. Trois vaisseaux composent la nef et une tribune se situe à l’arrière. Une arcature orne le haut des murs de la nef centrale tandis que les lattes de bois ornent le bas des murs de la nef. *

Saint-Placide d’hier…

Saint-Placide : un village typique de chez nous avec son église face au lac , ses quelques rues encerclant l’église, des maisons de belle allure. Pour les habitants, il est reconnu que le lac des Deux-Montagnes a toujours été un élément marquant du paysage.

Depuis un peu plus de cent cinquante ans, le cœur du village est demeuré à peu près inchangé ; quant à l’arrière-pays, il a gardé sa vocation agricole depuis deux cents ans.

Saint-Placide est divisé en plusieurs secteurs: la Pointe-aux-Anglais (une partie relève toutefois d’Oka), le secteur des Épinettes, la côte St-Jean, la côte St-Étienne , la côte St-Vincent, le village, les Éboulis et la Pointe Masson.

En 1717, Messieurs les Sulpiciens se voient concéder par le roi de France, Louis XV, la seigneurie du lac des Deux Montagnes qui couvrait entre autres ce qui allait devenir Saint-Placide. Il faut remonter jusqu’en 1780 pour que la première terre soit concédée par les seigneurs à Charles Cloutier. Les autres concessions seront distribuées pour la plupart au cours des quinze années suivantes. Les premiers colons à s’installer à la suite de C.Cloutier sont, en 1781,Pierre  Charlebois, Jean-Marie Ducharme, Ignace Lemer dit Saint-Germain et François Lanouette, en 1782,Albert Canslais, Pierre Castonguay, Jean-Marie Ducharme, Zacharie Cloutier, en 1783, Thomas Sénécal et André Triolet. La plupart d’entre eux sont originaires des paroisses de l’ouest de l’île. Ces premiers demeurent dans une petite maison de bois qui cèdera sa place à une maison plus confortable et adaptée avec les années au fur et à mesure que la terre sera défrichée, les arbres abattus et les premières semences mises en terre.

Les routes s’ouvrent à la colonisation dès les débuts (1780) ; faut-il mentionner qu’elles sont étroites et parfois d’accès difficile.

C’est en 1844 que Benjamin Raby dit Payen et Calixte Franche font part de leur projet à savoir donner un terrain en vue de la construction d’une église et de ses dépendances (hangar, remise, écurie, etc.) Il faut se rappeler que l’église de Saint-Benoit est en ruine après les événements de la rébellion de 1837; une petite chapelle mal en point sert de lieu de Culte. La même année (1844), l’évêque de Montréal , Mgr Ignace Bourget, reçoit une requête demandant la fondation de l’éventuelle paroisse. C’est la patrie sud-ouest de Saint-Benoit qui est appelée à former la nouvelle paroisse. Cette portion compte déjà presque mille habitants. l’éloignement de la chapelle de Saint-Benoit est invoquée en faveur de la fondation demandée; l’état des routes et les moyens de transport servent également de justification.

L’emplacement de l’église fut l’objet de nombreux conflits entre les habitants. L’évêque recevra plusieurs correspondances à ce sujet. Mgr Bouget, avant de procéder à une décision, enverra le chanoine Mercier pour juger de la pertinence ou non de fonder une paroisse. Et les conflits s’activent car un deuxième site est proposé : en plus du site de l’Anse cité plus haut (seul proposé jusqu’en 1848) ,les archives mentionnent le site des Éboulis chez Madame Adelaïde Paquette. Des avantages et des inconvénients  sont soulevés en relation avec ces deux endroits.  En plus, il y a le fait que le curé de Saint-Benoit, l’abbé Rémi Neyron (1843-1847) n’approuve pas le démembrement de sa paroisse déjà bien fragilisée. Le débat est tranché en 1849 par l’évêque en faveur du deuxième site. Évidemment tous ne partagent pas cet avis et la tension demeure.

Il est inscrit dans les registres de Saint-Benoit que c’est le curé de cette paroisse, l’abbé Ambroise Groulx (1847-1862) , qui dessert la paroisse de Saint-Placide à compter de 1850. Ce même curé écrit que les offices religieux se déroulent dans la dite desserte. On sait toutefois que l’ église , attendue depuis quelques années, a été bénite en 1852… date de la fondation tel qu’inscrit en page couverture de l’album du 150 ième anniversaire de Saint-Placide. Faut-il choisir la date de la fondation en relation avec l’arrivée du premier prêtre résident ? En effet l’abbé Jean -Baptiste Lemonde arrive à l’âge de 29 ans en janvier 1852.Est-ce lui le curé fondateur ou l’abbé J.A Bernier ? L’album

du 150 ième donne le titre de fondateur à l’abbé Mercier. Quant au presbytère, il demeurera en chantiers ; le curé doit loger à différents endroits dans des familles du village. Comme dans bien des paroisses naissantes, la situation financière est difficile. Certains paroissiens vont aider à la redresser de même que plusieurs des villégiateurs qui s’ajoutent à la population permanente.

Mentionnons que le premier instrument de musique à entrer dans l’édifice religieux fut un harmonium en 1866; un orgue pour le remplacera dix ans plus tard.

Le bedeau-sacristain est le pivot en ce qui concerne la préparation et la mise en place des activités reliées au culte. En novembre 1851, Félix Routhier (ce dernier est le frère de Basile Routhier, paroissien de Saint-Placide et auteur de l’hymne national) est engagé pour remplir cette fonction. Trois ans plus tard, Jean-Baptiste Franche est responsable de maintenir l’ordre dans l’église au moment des offices. Cette même année , le premier chantre est choisi : Octave Gagnon, cordonnier. Le premier maire fut Casimir Leroux suivi de Félix Routhier pour les années 1862 à 1870. Et dès 1871 différentes entreprises s’inscrivent dans le paysage : boulangerie, cordonnerie, boutique de forge, boutique de charpentier,manufacture de voitures, moulin à scie, moulin à farine.

Au XVII et XVIII siècle , la rivière des Outaouais sert essentiellement de voie de passage. Des quais se construisent le long de cette route. Les navires marchands font escale à Saint-Placide et y déchargent les produits commandés par les habitants de la place et ceux des paroisses voisines. Ces navires vont également se charger de matières locales. C’est en 1876 qu’il est mentionné qu’un quai devenant un apport économique indéniable est en place devant l’église. En 1874 une traverse est établie entre le quai de Saint-Placide et celui de Rigaud. À l’hiver, on pose des balises sur un pont de glace permettant de traverser de l’autre côté du lac toute l’année. Cette traverse a permis d’entretenir des liens avec les familles habitant sur les deux côtés du lac des Deux Montagnes.

Les villégiateurs qui vont fréquenter Saint-Placide datent du début de la paroisse et vont augmenter avec les années. Ces premiers d’entre eux se nomment Bisaillon, Brien, Demers, Giroux, Groulx, Martin, Mayrand, Migneault pour ne citer qu’eux. La vie de ces villégiateurs est essentiellement liée au lac. Ils utilisent le bateau vapeur ou le train pour faire le voyage. Ce dernier les conduit à Choisy  et de là  les voyageurs montent à bord d’un bateau qui les amène au quai.

À un autre chapitre , les archives nous confirment que c’est aussi en 1852 qu’on retrace la première école de fabrique (secteur des Éboulis). Édouard Corbeil en est le premier instituteur. L’année suivante , le notaire Girouard fait construire un couvent pour les jeunes filles. Le territoire de la commission scolaire de Saint-Placide comptera quatre arrondissements : la côte St-Jean, la côte St-Vincent, la côte St-Étienne et le village. Chacun de ces arrondissements a sa classe à divisions multiples d’abord dans des locaux loués lesquels seront éventuellement remplacés par de petites écoles. En 1855-1856, l’inspecteur de la région, Césaire Romain, dénombrera 225 élèves fréquentant les classes de cinq institutrices , soit trois dans les rangs et deux au village.

RÉFÉRENCES :. Saint-Placide…sur le lac, 1852-2002

. Saint-Benoit,1799-1999

. Une église se raconte, diocèse de St-Jérôme, 1951-2001

. Mirabel et son histoire, Gilles Boileau 2009, Édition du Septentrion.

.Sites sur Internet