PRIONS POUR L’ÂME DES 215 ENFANTS…

Aux messes dominicales du 6 juin dernier, lors des prières universelles, j’ai invité les fidèles à prier pour l’âme des 215 enfants retrouvés sur le site d’un ancien pensionnat autochtone à Kamloops en Colombie-Britannique.  J’ai également invité les fidèles à prier pour leurs familles afin qu’ils puissent entreprendre un processus de deuil, une guérison de leurs blessures, et retrouver une paix intérieure.  J’ai poursuivi en mentionnant l’importance de prier pour l’Église canadienne et leurs dirigeants qui font face à un énorme défi de réconciliation avec le peuple autochtone.  J’ai également émis mes commentaires sur l’intervention de notre premier ministre, M. Justin Trudeau, qui m’a fortement déplu et choqué.  Dans mon intervention, j’ai poursuivi en mentionnant le danger de juger le passé avec le regard d‘aujourd’hui.  Il est important de comprendre le contexte de l’époque, ce qui étaient, jadis, les pratiques et l’acceptation sociale qui s’y vivaient.  J’ai également mentionné l’importance de prier pour nos évêques qui encore une fois auront à vivre un dénigrement.  Je vous ai mentionné l’accueil qui a été fait à des membres de la communauté autochtone d’Oka, le dimanche précédent.    Je vous soulignais la réponse positive à leur demande de placer des souliers d’enfants sur le parvis et les marches de l’église pour une période de 10 jours dans le respect de leurs rituels.

Je dois avouer que malheureusement, je suis humain, à l’intérieur de moi des sentiments forts divergents se bousculaient.  Dans mon intervention, je n’ai en rien caché mon irritation face aux attaques faites à l’Église catholique surtout dans les médias québécois.  Mon premier réflexe est de défendre de toutes mes forces l’Église avec des excuses et des prétextes pour justifier les événements.  En début d’après-midi, j’ai eu une brève discussion houleuse avec une collègue.  Ceci m’a permis de prier la situation et demander l’aide de l’Esprit Saint.  J’ai repensé à la situation, en me demandant si mes réactions et mes pensées sont réellement évangéliques.  Suis-je dans mon agir et mes pensées à l’image et à la ressemblance du Christ ?   Mes prières m’ont permis aussi de voir que je peux argumenter sans arrêt avec les autres qui ne pensent pas comme moi, et même gagner le débat mais en réalité qu’est-ce que j’ai changé à la situation ? Dieu n’a-t-il pas voulu réconcilier l’humanité avec lui, pour se faire il est venu marcher sur nos chemins par l’incarnation de son Fils unique, le Christ notre Seigneur.  Dans ma manière de vivre les événements, est-ce que je marche avec l’autre pour le comprendre ou si je marche avec lui pour le soumettre à ma vision.  Qu’est-ce que Dieu veut nous dire dans la situation actuelle ?  Un de mes principaux arguments est de penser et de dire « encore une fois on cherche à discréditer l’église et lui soutirer de l’argent ».  Cela est peut-être vrai ou non, mon jugement se base sur quoi pour arriver à un tel constat ?   Un tel argument est-il évangélique ? Tout en priant, j’ai fini par comprendre que l’ensemble de mon argumentation était nourri par mon manque de confiance, pour ne pas dire de foi, et mes peurs des jugements que l’on apporte sur l’Église.  Je reviens à mon questionnement, qu’est-ce que Dieu veut nous dire dans cet événement ?   C’est peut-être de rester centré sur l’essentiel et le cœur d’une triste réalité : « Les dépouilles de 215 enfants retrouvées dans des pensionnats autochtones ».  Il nous est impossible de nier ou d’ignorer un tel drame.  Il n’est certainement pas chrétien d’évacuer, sous quelconque prétexte, la douleur et la blessure que vivent ses mères qui n’ont jamais connu le sort de leurs enfants.  Même si je me débats intérieurement pour me convaincre que la responsabilité revient au gouvernement fédéral de l’époque, je ne peux en rien nier que l’Église a une grande part de responsabilité dans sa complicité de la réalisation des pensionnats autochtones.  Si nous voulons être fidèles à l’enseignement du Christ, sur la réconciliation entre les hommes et avec Dieu, nous devons commencer par la reconnaissance de nos torts et de nos fautes, avoir un regret sincère, exprimer une demande de pardon dans l’expression profonde de nos excuses.  Nous avons à prier Dieu, lui demandant l’aide de l’Esprit Saint pour nous éclairer et nous guider sur le chemin de la réconciliation et la guérison.  Oui, il sera toujours possible d’avoir des arguments et des motifs d’accuser l’autre, comme l’autre peut en avoir tout autant pour nous accuser.  Allons-nous passer encore plusieurs années à nous accuser mutuellement ?  En tant que chrétien, si nous sommes réellement fils et filles de Dieu, il nous appartient de faire les premiers pas pour arriver à la guérison et une vraie réconciliation.  L’Église aura peut-être à verser une somme d’argent phénoménale en réparations, mais ce ne peut en rien compenser la perte d’un enfant.  Prions pour l’âme de ses enfants, pour leurs familles, pour notre gouvernement, pour notre église, afin d’arriver à une réconciliation sincère que Dieu attend de nous.

Qu’est-ce que Dieu veut nous dire par ce triste événement? Peut-être devons-nous prêcher par l’exemple en devenant une Église plus dépouillée, au cœur toujours ouvert en tendant la main à l’autre afin de parvenir à une réelle réconciliation de nos communautés.  Je me souviens de ma formation sur le pardon avec M. Jean Monbourquette qui nous disait que dans sa carrière « aucune personne n’était venue le consulter lorsque leurs parents avaient reconnu leurs torts et s’étaient excusés.”

En mon nom personnel, au nom des membres des communautés chrétiennes, qui se joignent à moi, je demande pardon aux peuples des Premières Nations de ne pas les avoir compris, de ne pas avoir pris soins d’eux, de ne pas les avoir respectés comme personnes sacrées dans le cœur de Dieu.  Je prie et je vous invite à prier pour les responsables de l’Église canadienne, leur demandant d’exprimer leurs regrets et leurs excuses aux peuples des Premières Nations.  Que Dieu nous vienne en aide, par l’Esprit Saint, qu’il répande sa paix dans nos cœurs, qu’il nous comble de ses bénédictions pour que nous devenions une église humble à l’image du Christ.

Michel.